Labeur et douleur
La muse sous contrat.

Extrait de la revue rémoise « Hey ! Le Balm »

hYrtis entretient un rapport particulier aux muses. D’abord très attachée à elles, elle s’en est ensuite détachée pour vivre une autre relation à l’art. L’obsession, puis le cataclysme et désormais, le distance, qui regarde certaines sources d’inspiration, encore chaudes et palpitantes, avec bienveillance.

Pour hYrtis, la passerelle entre la muse et le mentor a toujours été extrêmement ténue. Il s’agit de deux puissances fortes : le mentor a le don de l’art, de la vision, il a les révélations et élève la muse au rang d’Idée, il lui permet d’accéder à un autre niveau d’existence. La muse, quant à elle, inspire par sa présence, dans un désir d’exister. Ils ont besoin l’un de l’autre, aimantés et se permettent mutuellement d’accéder au génie. C’est sur cette terre battue qu’hYrtis a eu accès aux muses : certaines le sont devenues à « défaut de les avoir comme mentor… Je n’avais pas envie de choisir entre muse et mentor. », explique-telle. Être la muse qui attend son mentor, très peu pour elle. « Le mentor doit faire le premier pas vers la muse. Et je n’ai jamais été choisie. Alors j’ai choisi. »

Des muses ont alors commencé à jalonner le parcours créateur d’hYrtis, à hanter ses rêves et à faire tourner le rouage de son inspiration. « Mes muses n’avaient pas besoin de mentor. Elles avaient déjà atteint un autre niveau d’existence sans moi, avant moi. J’ai donc été confrontée à leur indifférence. Et quand il n’y avait pas de rapport tangible entre elles et moi, je finissais nécessairement par en souffrir », explique-t-elle.

Entrer en contact avec La Muse, c’est lui montrer le travail qu’elle inspire, c’est avoir sa validation : « Je réalise aujourd’hui que cette obsession relevait de l’instinct de survie. J’avais besoin d’exister. Chaque muse incarnait un remède à ma transparence. » Les mots sont forts, aussi fort que la violence de la désillusion, en aout 2018, quand une ultime muse a rompu le contrat tacite qu’hYrtis passait avec elles, depuis toujours, à demi-mot, entre deux souffles. Un point de non-retour. « Les muses m’ont aidée à accoucher de moi-même. Mais le rejet a généré un sentiment de déréalisation trop destructeur pour moi. »

Il a fallu se préserver, panser ses plaies, chercher la résilience dans des traits nouveaux et une inspiration confiante. Un chemin de croix parcouru de carte en carte, à travers la réalisation d’un Tarot, où la figure centrale, Calixte, se définit comme étant un double d’hYrtis façonné aux traits de David Bowie, la muse essentielle. Désormais, la muse n’est plus systématique, ni obsessionnelle. hYrtis a compris que le mentor pouvait faire peur. Et pourtant… qui vampirise l’autre ? Qui muselle l’autre ?

Agathe Cebe